La question du nombre de formes d’art n’a pas de réponse unique. Combien de formes d’art existe-t-il vraiment ? La liste classique, souvent résumée à sept ou neuf catégories, repose sur des conventions historiques qui ont été remaniées à chaque époque. Les frontières bougent encore aujourd’hui, portées par le numérique et par des pratiques qui échappent aux grilles traditionnelles.
Pourquoi le nombre de formes d’art ne se stabilise pas
Dans la Grèce antique, le mot « art » n’existait pas tel qu’on l’entend. Les Grecs parlaient de « techné », un terme qui englobait aussi bien la rhétorique que l’astronomie. Neuf muses parrainaient neuf activités, mais aucune ne correspondait à la peinture ou à la sculpture telles qu’on les conçoit.
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Au XVIIIe siècle, la classification des arts a pris un tournant philosophique. Kant a proposé trois catégories fondées sur le mode d’expression : arts de la parole, arts figuratifs, art du jeu des sensations. Hegel, lui, a hiérarchisé cinq arts majeurs (architecture, sculpture, peinture, musique, poésie) selon leur degré de spiritualité.
La liste dite « des sept arts » que l’on cite le plus souvent date du début du XXe siècle. Elle ajoute la danse et le cinéma aux cinq arts hégéliens. Ricciotto Canudo, critique italien installé à Paris, a formalisé l’idée du cinéma comme « septième art ».
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Depuis, des ajouts successifs ont porté le décompte à huit (arts médiatiques, dont la photographie et la télévision), neuf (bande dessinée) et même dix (jeu vidéo). Chaque ajout reflète une époque, pas une vérité universelle.

Classification des arts : les catégories qui font consensus
La liste la plus répandue dans l’enseignement et la culture générale française distingue les catégories suivantes :
- Premier art : l’architecture, art de l’espace habité et de la structure.
- Deuxième art : la sculpture, travail en trois dimensions de la matière.
- Troisième art : la peinture et les arts visuels en deux dimensions.
- Quatrième art : la musique, organisation du son dans le temps.
- Cinquième art : la poésie et la littérature, art du langage écrit.
- Sixième art : les arts de la scène, qui regroupent la danse, le théâtre et le mime.
- Septième art : le cinéma, synthèse du mouvement, du son et de l’image.
Au-delà de ces sept, la photographie, la bande dessinée et le jeu vidéo sont régulièrement cités comme huitième, neuvième et dixième arts. Aucune institution internationale n’a fixé de liste officielle définitive.
Le cas du jeu vidéo comme dixième art
Le jeu vidéo combine narration, design, musique et interaction. Son inclusion dans les formes d’art reconnues reste discutée. Certains universitaires et critiques considèrent que sa dimension esthétique et narrative le place au rang d’art à part entière. D’autres estiment qu’il s’agit d’un prolongement des arts médiatiques plutôt que d’une catégorie autonome.
En France, le jeu vidéo bénéficie de crédits d’impôt dédiés à la création et fait l’objet de recherches sur ses qualités esthétiques et narratives. Le débat porte moins sur sa valeur artistique que sur sa place dans une grille numérotée.
Art numérique et intelligence artificielle : de nouvelles formes ou de nouveaux outils ?
Le ministère français de la Culture intègre désormais dans sa stratégie numérique les collections en ligne, les technologies immersives et l’intelligence artificielle. Cette évolution ne crée pas forcément de « onzième art » distinct. Elle redéfinit les moyens de production et de diffusion de toutes les formes existantes.
L’IA constitue moins un art séparé qu’un outil transversal susceptible de modifier la création visuelle, musicale, littéraire et audiovisuelle. Les orientations officielles françaises insistent sur la transparence des modèles et la maîtrise de l’impact environnemental, sans qualifier l’IA de discipline artistique en soi.

Conservation des œuvres numériques : un problème concret
Les œuvres interactives et numériques posent un défi que les catégories classiques n’avaient pas anticipé. Une installation en réalité virtuelle dépend d’un logiciel, d’un matériel et d’une mise à jour. Quand le support devient obsolète, l’œuvre disparaît.
L’ICOM décrit la transformation numérique des musées comme un enjeu institutionnel durable. Conserver une peinture à l’huile et conserver un NFT ne mobilisent pas les mêmes compétences. Cette question de conservation influence directement la reconnaissance de certaines pratiques comme formes d’art pérennes.
Théorie esthétique et limites de toute classification des arts
Toute tentative de fixer un nombre précis de formes d’art se heurte à un problème de définition. Faut-il classer par médium (son, image, matière) ? Par intention (esthétique, narrative, fonctionnelle) ? Par mode de réception (individuel, collectif, interactif) ?
Les arts plastiques illustrent bien cette difficulté. Le terme recouvre la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure, la céramique, et s’étend aujourd’hui à l’installation, la performance et le land art. Un même mot désigne des pratiques radicalement différentes.
La recherche en esthétique contemporaine tend à abandonner l’idée d’une liste fermée. La création artistique déborde constamment les cases qu’on lui assigne. Le street art, la cuisine gastronomique, le design, la mode : chacun de ces domaines a ses partisans pour figurer dans un classement élargi. Les données disponibles ne permettent pas de conclure à un consensus sur le nombre total.
Compter les formes d’art reste un exercice de convention culturelle. La liste à sept, neuf ou dix entrées fonctionne comme repère pédagogique, pas comme inventaire scientifique. Le nombre de formes d’art dépend de la grille de lecture choisie, pas d’une réalité fixe. La prochaine technologie ou la prochaine pratique hybride relancera le compteur, comme le cinéma l’a fait il y a plus d’un siècle.

